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Comment lire l'étiquette d'un sac de croquettes

3.4.2023

par Aude Carrez, nutritionniste

Vous avez un chat ou un chien que vous nourrissez aux croquettes. Mais Médor ou Félix les refusent parfois et ils ont encore régulièrement des selles molles ou des flatulences tellement odorantes que ça vous incommode au quotidien. Vous ne comprenez pas ?
Vous avez mis tellement de temps à trouver les croquettes parfaites... selon vous... Elles sont sans céréales, naturelles, et cuites à basse température. Vous avez sélectionné précisément celles au poulet, sa saveur favorite... Mais rien n’y fait, il ne semble pas les apprécier plus que ça et son transit n'est pas au beau fixe...

C’est un échec pour vous, car vous aviez été chercher toutes les informations pour décrypter ce charabia ! Finalement la gamme aux insectes aurait peut-être été meilleure...
Comment choisir la croquette optimale et adaptée aux besoins de votre chat ou votre chien ? Dans cet article nous allons vous aider à faire le point sur les croquettes et les idées reçues, de leur transformation au marketing de vente en passant par les ingrédients utilisés.

1- Les croquettes naturelles et sans sous-produits n’existent pas.
La croquette est un mélange d'ingrédients : viande, poisson, céréales, légumes, vitamines et minéraux qui va répondre aux besoins nutritionnels des chiens et des chats. Elle sera équilibrée et adaptée à la taille, à l’activité, à l’âge, voire aux pathologies de l’animal. L’industrie agroalimentaire du Petfood, aliments industriels pour animaux de compagnie, a été réfléchie pour également revaloriser les restes du secteur agroalimentaire pour les humains. Ainsi tous les ingrédients utilisés en Petfood sont des produits provenant de la chaîne agroalimentaire humaine qui ont été déclassés en sous-produits pour pouvoir être envoyés dans les chaînes de production de Petfood. Toutes les usines européennes de croquettes et de pâtées sont obligées de respecter cette loi.

Il est à noter que, dans la législation européenne, ces « sous-produits » font partie des matières premières de catégorie 3, ce sont les seules qui peuvent être valorisées en alimentation animale. Elles comprennent :

- Des « parties d’animaux abattus et jugés propres à la consommation humaine mais que la chaîne alimentaire humaine ne valorise pas ou celles provenant d’animaux jugés aptes à l’abattage ».

- Des « denrées alimentaires d’origine animale non destinées à l’alimentation humaine pour des raisons commerciales, dont les matières aquatiques, le lait, les œufs, le miel,... ».

- « Seules certaines matières de catégorie 3 peuvent être utilisées dans l’alimentation des animaux, après application d’un traitement approprié dans des installations de transformation agréées. »

Contrairement aux idées reçues qui circulent il n’y a pas de pattes, de becs ou de viscères dans les croquettes fabriquées en Europe, la loi l’interdit.

Le terme naturel est également bien encadré par la législation et il ne s’applique pas du tout aux aliments transformés tels que les croquettes et la pâtée. Ces aliments complets peuvent être décrits comme « naturels », à condition que tous les ingrédients soient naturels également. Au vu des transformations importantes que subissent les aliments industriels : extrusion, stérilisation... l’ajout de minéraux, vitamines et acides aminés de synthèse est nécessaire pour obtenir un aliment complet : ce qui ne fait pas partie de la définition des produits naturels...

Donc si vous trouvez une croquette ou une pâtée « naturelle », deux explications sont possibles : soit le fabricant vous ment pour avoir un marketing bien construit, soit l’aliment n’est pas complet. Dans tous les cas, vous pouvez avoir de gros doutes sur le sérieux du fabricant.

2- Les croquettes sans céréales : la fausse bonne idée ?
Aujourd’hui, les procédés de fabrication de croquettes les plus communs sont l’extrusion et le pressage à froid. Dans les deux cas, la teneur en amidon (association de molécules de glucoses – plus communément connus sous le terme plus général de glucide complexe) va impacter la tenue du produit fini. En effet, s’il n’y a pas suffisamment d'amidon, la croquette risque de s’effriter.
Ainsi si vous souhaitez une croquette sans céréales parce que vous voulez limiter cette teneur en amidon dans le produit fini, alors ce n’est pas le bon critère de sélection, car il y en aura forcément. Dans ce cas, il faudra éviter les croquettes pressées à froid qui ont une très importante teneur en amidon, obligatoire avec cette méthode de fabrication pour garder l’intégrité de la croquette. Ainsi s’orienter vers la méthode la plus traditionnelle, l’extrusion, et plutôt se fier à la lecture d’étiquettes, abordée plus bas.

Si vous souhaitez éviter les céréales à cause du risque de mycotoxine, sachez que tous les végétaux peuvent en apporter. Ces toxines sont sécrétées par des champignons microscopiques et sont toxiques à partir d’une certaine dose ingérée : cela provoque des troubles nerveux. Ce sont des moisissures qui poussent sur les végétaux, dans la nature et par temps humide. Elles peuvent se développer au cours de la conservation des ingrédients et sur les aliments gardés trop longtemps (pâtes, pain moisi, etc...). On les retrouve aussi bien dans les céréales (blé, orge, maïs, riz ...) que les autres végétaux : colza, soja, pois, pomme de terre, fruits, graines... Donc potentiellement toutes les croquettes peuvent être contaminées par les mycotoxines même les sans céréales.

Enfin, le dernier argument, c’est que le chien ou le chat digère mieux les aliments sans céréales... Aujourd’hui, aucune étude valable n’a prouvé ce point. Nos boules de poils sont des carnivores, donc il est certain qu’ils valorisent mieux les denrées animales que végétales. Ainsi, sur des aliments physiologiques il est intéressant de privilégier ceux avec une majorité de protéines animales, et de limiter le taux de glucides assimilables. Mais il est essentiel de savoir que, en fonction des denrées végétales choisies, cela va impacter la digestibilité du produit fini. Par exemple, souvent les croquettes avec beaucoup de légumineuses (lentilles vertes, lentilles corail, pois, pois chiche...) sont moins digestes et provoquent des flatulences et des selles molles ou liquides très odorantes...

Les dernières informations tendent à montrer que, en Petfood, le riz reste la céréale la mieux transformée, ainsi que la fécule de pomme de terre et de patate douce – à partir de ces ingrédients les fabricants réussissent à limiter l’apport d’amidon et à optimiser la digestibilité du produit fini.

3- Les croquettes aux insectes : une nouvelle source de protéines ?
Les insectes comme nouvelle source de protéines : « une solution naturelle et durable pour nourrir le monde de demain ». Ce marché reste encore frileux en agroalimentaire humaine, mais il prend de plus en plus de place en Petfood.
La farine d’insecte la plus répandue est faite à partir de larves de mouche soldat noire. L’avantage de cet insecte, c’est qu’il a un cycle de vie rapide : une mouche va pondre 10000 œufs et les larves seront récoltées au bout de huit jours. Sept tonnes de larve va donner environ une tonne de farine. Il est également possible de récolter l’huile qui pourrait être utilisée pour enrober la croquette.

La protéine d’insecte est complète en acides aminés essentiels, il manque la taurine, mais cette molécule n’est pas essentielle pour le chien et systématiquement ajoutée dans les aliments complets pour chat, puisqu’elle ne tolère pas les procédés de transformation. L’huile n’apporte pas tous les acides gras essentiels souhaités, mais elle peut être un excellent facteur d’appétence.

L’insecte reste un ingrédient novateur et peu connu, mais le procédé de fabrication et le contrôle de produit reste le même au final quelque soit les ingrédients utilisés : farine de viande ou d’insecte. Donc, en proposant un aliment complet, le fabricant s’engage à respecter les besoins nutritionnels de l’animal adulte, senior ou en croissance qu’il transforme à partir de farine de viande ou d’insecte. De plus, lors de la mise sur le marché d’un nouveau produit, le fabricant se doit de vérifier sa digestibilité, c’est-à-dire s’il sera facilement digéré par l’animal, quels que soient les ingrédients choisis.

Donc la qualité du produit fini dépend principalement du fabricant, le gros avantage de la farine d’insecte c’est la qualité de la farine et donc de ses protéines. En effet, dans la farine de viande de basse qualité, qui est associée à un taux de phosphore assez haut, il y a souvent beaucoup de morceaux de cartilage, arête ou os. Ce qui ne sera pas le cas pour l’insecte...

De plus, c’est une protéine qui n’a jamais été rencontrée par l’animal, ce qui en fait un ingrédient fard pour les animaux présentant des allergies alimentaires.

Le point un peu délicat qui pourrait vous empêcher d’en acheter est son coût, la farine d’insecte coûte deux fois plus cher que la farine traditionnelle ; mais nourrir un poulet ou une vache devient de plus en plus cher et le marché de l’insecte s’agrandit, donc d’ici quelques années nous arriverons certainement à des coûts similaires.

4- Comment lire une étiquette ?

Les astuces pour bien déchiffrer une étiquette d’un aliment physiologique :

A/ Regarder la liste des ingrédients.

- Vérifier que l’aliment est complet (protéines, lipides, fibres, minéraux et vitamines).

- Préférer les formules fixes : « viande de poulet » ou « poulet (min 15%) ». Il faut éviter les termes « viande et sous-produits animaux » sans détails sur les pourcentages d’ingrédients intégrés à la formulation.

B/ Décrypter les ingrédients, ils apparaissent par ordre décroissant dans la liste.
- Opter pour un aliment avec la viande ou des protéines de viande en 1er dans la liste (s’il y a noté “viande fraîche”, la valeur est à diviser par 4).

- Vérifier qu’il y a plus de produits sources de protéines animales (poulet, dinde, bœuf...) que de produits source de protéines végétales (lentilles, maïs, blé, riz...)

C/ Pour un animal adulte en bonne santé, il faudra trouver dans l’aliment COMPLET :

- Protéines : minimum 30% (chien) / minimum 38% (chat).

- Lipides : en fonction de l’animal 11% à 20% (voire plus de 20 pour les animaux très actifs) - pour un animal stérilisé la moyenne est autour de 12 (chien) à 15% (chat)
- Taux de cendres inférieur à 8,5% (chien) / inférieur à 8% (chat).

▪ Si taux élevé : peut-être beaucoup de carcasses ou d’arêtes.

- Taux de phosphore inférieur à 1,2 % dans les croquettes adultes (inférieur à 1% pour les animaux seniors).

Au final, même si vous pensez avoir trouvé la croquette parfaite, gardez en tête que c’est votre chien ou votre chat, et son métabolisme propre, qui validera ou non ce choix. Dès qu’il y a un changement d’alimentation il faut vérifier :

-  Quantité de crottes émises au quotidien

-  Selles bien moulées, pas trop odorantes

-  Absence de flatulences

-  Qualité du poil et de la peau

-  Muscles bien développés

-  Suivi du poids pour vérifier sa stabilité